Observer un flocon de neige fondre

Par « Hanna »

Avertissement : Mention d’automutilation

Je me mets en boule et j’ai peur de prier certains jours parce que je pense que je ne le mérite pas. Mais après être morte encore une fois il y a cinq jours, je réalise que je mérite de vivre, de sourire. Essaie de parler sans ta langue. Je l’ai coupée en deux durant une crise (aïe, j’ai faim, mdr).

Mon copain ne méritait pas de rentrer — après avoir cherché ma drogue — et de me trouver dans un tel état. Quand il est rentré, j’étais bleue et j’avais l’écume à la bouche. J’avais dormi pendant quatre jours et demi. Encore une fois, je ne savais pas qui j’étais ni qui il était. Ce jour-là, mon cerveau était éteint (P.-S. Ne vous coupez pas d’un coup, mdr).

Ma phase de mutilation

Alors que je me réveille, je vois les coupures sur moi. C’est pour ça que je l’ai fait : je voulais rester moi-même. Je ne le fais plus, mais c’est toujours là. Maintenant, je vois mes enfants (enfants des rues). Ils viennent toujours me voir. Je veux voir ce qu’ils voient en moi. Ils sont tous différents et j’ai peur de les décevoir. Et parfois, je m’en fous.

Un regard en arrière sur ma vie

Bon, je commence à l’âge de 13 ans. « Whiskey if you’re a woman » était ma chanson préférée. « Highway 101 ». C’était ma vie. Quand je me rappelle cette chanson, ça me donne la chair de poule. Pour moi, le whiskey était mon conjoint. À 13 ans, la seule chose à laquelle je pensais était ce que j’avais sous les yeux.

Ensuite, j’ai eu 16 ans, je suis tombée enceinte sans même savoir ce qu’était le sexe. À quel point étais-je cool ? La consommation de substances (alcool) et la dépendance n’arrivent pas par hasard. Les circonstances de la vie et les traumatismes vous mettent sur cette voie dès le départ. Il ne sert à rien de considérer cela comme une faute morale. Cela vous fait ressentir la stigmatisation et la honte, et il est donc plus difficile de changer.

Je me suis retrouvée en prison pendant six mois. J’avais mon fils en garde à domicile. La famille était vraiment gentille — un juge et sa femme. Je les admirais vraiment. Quand mon fils a eu trois mois, j’ai fait du stop à partir de Fort Smith, dans les Territoires du Nord-Ouest. Une connaissance m’a demandé de venir à Calgary. J’avais 17 ans et je suis arrivée à Edmonton. Mon oncle m’a retrouvé et m’a ramené à Fort Smith.

« Il ne sert à rien de considérer cela comme une faute morale. Cela vous fait ressentir la stigmatisation et la honte, et il est donc plus difficile de changer. »

Je suis fatiguée et j’ai peur — j’ai peur de boire et de ne pas boire, j’ai peur de dormir et ça fait chier. J’ai peur que ma famille et mes chiens aient besoin de moi et que je ne sois pas là.

Vous savez, je manque peut-être de mots, mais… je suis présente aujourd’hui. Même si ma langue me fait mal, c’est un rappel que je ne peux pas réussir toute seule. Et je suis reconnaissante. J’ai mes anges qui ne me quittent pas. Mdr.

Que Dieu vous bénisse.

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