La réduction des méfaits est plus qu’un mot-clic : Hamilton

Trouver des solutions à long terme à la crise de l’empoisonnement par la drogue dans notre communauté.

Ayant été témoins des conséquences des politiques déficientes en matière de drogues, 47 membres de la communauté de réduction des méfaits de Hamilton se sont rassemblés pour parler, partager et échanger des idées afin d’aller de l’avant avec une approche fondée sur les droits de la personne en matière de politiques sur les drogues. Ces dialogues ont démontré que Hamilton est une ville ouverte à la collaboration communautaire. Parmi les participants se trouvaient des personnes ayant vécu ou vivant une expérience, notamment ceux qui ont été victimes de la criminalisation et de la stigmatisation à cause des politiques défaillantes, mais aussi des prestataires de services de première ligne, des professionnels de la santé et de la médecine, des fonctionnaires, des chercheurs, des membres de la police municipale de Hamilton, etc.

Organisées par « Keeping Six », le Réseau SIDA, le Centre pour le dialogue Morris J. Wosk et la Coalition canadienne des politiques sur les drogues, ces rencontres se sont déroulées sur deux demi-journées et ont permis de mettre en lumière la perspicacité, la force et la résilience d’une communauté en proie à la douleur causée par des décès évitables. En même temps que les systèmes de santé se mobilisaient pour faire face à la situation de la COVID-19, ceux qui se retrouvaient confrontés à la crise des empoisonnements par la drogue se sentaient isolés et oubliés. Alors que le nombre de morts augmentait, des réseaux et des agences communautaires se sont renforcés par leur collaboration et leur engagement à sauver des vies malgré le manque de soutien des autorités. Pourtant, il existait toujours un grand espoir que ce soutien arriverait. Au cours des dialogues, la communauté de réduction des méfaits de Hamilton a indiqué être optimiste pour l’avenir. Les gens souhaitent voir un jour où tous les secteurs de la ville travailleront ensemble pour améliorer la vie et le bien-être de chacun, et en particulier des personnes qui consomment des drogues et de leurs communautés, qui ont souffert directement à cause des défaillances de la politique en matière de drogues.

Quelle est la solution ? « Permettre aux gens de vivre leur vie, voilà ce qui fonctionne ».

Bien que les discussions du dialogue de Hamilton se soient concentrées sur les obstacles qui empêchent de faire avancer une approche des politiques en matière de drogues basée sur les droits de la personne, ce dialogue a également été une occasion de parler de ce qui fonctionne bien à Hamilton. De cette conversation sur les points positifs, on a pu déterminer des mesures et des atouts qui pourraient faire progresser la communauté. Parmi ceux-ci, les principaux sont les suivants :

La collaboration: La communauté peut être fière de tout ce qui se passe à Hamilton. En particulier, il est évident que la collaboration entre les organisations est solide et forte. On a souvent mentionné dans les discussions que les efforts considérables déployés par « Keeping Six » pour défendre la dignité et les droits des personnes ayant vécu ou vivant une expérience (PAVVE) étaient constants et efficaces. Les participants ont mentionné à plusieurs reprises que la collaboration avec un petit groupe de professionnels de la santé, tels que les médecins et les pharmaciens, représentait à la fois un avantage et une source de fierté dans l’effort pour améliorer le bien-être des PAVVE conformément aux droits de la personne et aux pratiques fondées sur la santé.

Soutien: Le soutien important apporté à un campement local de personnes sans abris a été remarqué et reconnu par toutes les personnes présentes. Ce travail considérable a évidemment ouvert la voie à une collaboration entre organismes, à la fois sur le plan du soutien matériel et de la défense des principes systémiques. Un des participants au dialogue a souligné : « Je suis reconnaissant du degré de compassion de nos clients que nous rencontrons dans la rue. Les conseillers municipaux m’appellent souvent pour me demander pourquoi nous ne pouvons pas éliminer les campements. Je leur réponds simplement que ces personnes sont des êtres humains. Le problème n’est pas une question de police, c’est un problème de société, un problème de santé mentale. Il faut que nous travaillions ensemble sur ce point, en tant que société. »

Succès: Dans plus d’un groupe, il a été fait mention de l’ouverture imminente d’un site de consommation et de traitement à Hamilton pour souligner le niveau de collaboration et d’engagement des secteurs de la ville de Hamilton dans la promotion d’une approche fondée sur les droits de la personne en matière de santé publique et de politique sur les drogues. Parmi les autres services nouveaux et efficaces qui ont été mentionnés, on a noté le travail de « Keeping Six », du Réseau SIDA et de Grenfell Ministries, et plus particulièrement deux initiatives : Le Service national d’intervention en cas de surdose (NORS), et C.O.A.C.H (« Community Outreach Action Collaborative Hamilton »).

Une autre discussion a abordé l’acceptation de plus en plus répandue à Hamilton de la réduction des méfaits en général, et plus particulièrement des services de réduction des méfaits. Dans tous les cas, cette progression a été reconnue grâce à la promotion d’un certain nombre d’organismes de services sociaux de première ligne, notamment par « Keeping Six ».

« Ça pourrait aller, mais pas ici »

Au sujet d’un programme d’approvisionnement sûr facilement accessible, les participants ont affirmé que malgré le succès de cette mesure de réduction des méfaits à Hamilton et ailleurs, la disponibilité de l’approvisionnement sûr à Hamilton est largement insuffisante par rapport aux besoins. En outre, il était clair, selon les conversations, qu’il y avait peu d’espoir que ces services soient étendus de manière significative, compte tenu de la présence à Hamilton de ceux qui s’opposent à ces mesures qui sauvent des vies. Comme l’a noté un participant : « l’approvisionnement sûr ne m’aide pas à me défoncer, il me rend normal ». Ce constat est vrai pour de nombreux participants au programme d’approvisionnement sûr. Sans un soutien économique et politique substantiel de la part des organismes appropriés, les possibilités de changement sont plutôt incertaines. Un participant a souligné : « Hamilton n’est pas vraiment en mesure d’engager la conversation. »

« Nous avons besoin de l’engagement des dirigeants et d’un plan ».

Dans chacun des cinq groupes de discussion, une conversation a eu lieu soulignant la nécessité d’un leadership proactif et humain de la part du conseil municipal de Hamilton. Le manque de représentation politique du conseil municipal lors du dialogue a suscité un sentiment de frustration. Les participants au dialogue ont suggéré que cela était peut-être causé par le récent conflit autour du soutien de la communauté à un campement de personnes sans abris dans la ville. On a déterminé qu’une relation plus collaborative et constructive avec les élus locaux pourrait être très bénéfique à la promotion d’une approche des politiques sur les drogues fondée sur les droits de la personne. Il faut toutefois noter que plusieurs participants au dialogue ont exprimé des doutes importants quant à la possibilité de réaliser une collaboration significative ; selon eux, cette collaboration a peu de chances de se concrétiser pour le moment.

« La stigmatisation est bien présente ».

Comme on l’a déjà souligné lors de dialogues précédents à travers le Canada, il existe des obstacles importants et dangereux à l’accès aux services et aux institutions publics. Et le principal de ces obstacles est la stigmatisation. Ayant été confrontés à l’impolitesse, à la condescendance et à l’hostilité, les bénéficiaires de services et les travailleurs de soutien connexes ont cité l’absence de formation anti- stigmatisation continue et informée par les pairs dans les organismes de santé et de services sociaux de première ligne. De même, on a remarqué qu’un leadership faible et des politiques non conformes aux principes de la réduction des méfaits créent une atmosphère de stigmatisation qui nuit à la santé et au bien-être des clients ; cette situation est tout à fait évitable. Comme l’a fait remarquer un participant, même si un organisme de services sociaux distribue des fournitures de réduction des méfaits, si le prestataire de services est impoli envers les usagers, les gens ne voudront pas accéder aux services dans un environnement où leur dignité et leur caractère humains ne sont pas respectés.

Tandis que les trois éléments ci-dessus ont été les sujets les plus souvent abordés au cours de la rencontre, il est important de noter qu’il existe une multitude d’autres frustrations et préoccupations. Se faire entendre et promouvoir le changement sans risquer de souffrir de représailles de la part des financeurs ou de la ville a été discuté dans deux groupes. Voici d’autres préoccupations qui ont été mentionnées à plusieurs reprises :

  • Le manque de logements avec services de soutien
  • Le manque de conseils gratuits et adaptés aux traumatismes pour les
  • bénéficiaires des services
  • Le manque de cohérence au sein des organismes de première ligne qui se présentent comme pratiquant la réduction des méfaits, et notamment l’absence de normes de pratique communautaire de la réduction des méfaits.
  • Les dommages causés lorsque la police est appelée à intervenir dans une crise de santé mentale, et
  • Le manque de formation des premiers intervenants sur la meilleure façon de travailler avec les PAVVE.

Les possibilités de stimuler le progrès

Hamilton est une communauté sur le point de changer. Alors que tous les groupes de discussion ont passé beaucoup de temps à décrire comment ils se sentaient frustrés ou endommagés par la prestation actuelle des services de santé, ou leur absence, pourtant, ils étaient prêts à surmonter cette situation. Les participants ont exprimé le désir de collaborer, de planifier et d’agir en faveur de ces idées et projets qui permettent de sauver des vies, tout en voulant engager un dialogue communautaire sur les questions de justice et de soins pour tous.


Remarque particulière :

Coordonner et collaborer. Le besoin et le désir de collaboration entre les organisations communautaires dans le but de promouvoir une approche de la santé publique et de la politique en matière de drogues fondée sur les droits de la personne ont été clairement identifiés. Les participants ont indiqué que cette collaboration, malgré les avantages qu’elle présente, nécessite un processus plus officiel pour prévenir l’épuisement et être plus efficace dans la défense des systèmes.

Stratégie et volonté politique. Le besoin d’une stratégie cohésive, et la volonté politique de la mettre en œuvre ont été identifiés dans la session plénière de compte rendu en tant que nécessaires à l’avancement durable d’une volonté communautaire. Avec une collaboration continue avec l’hôtel de ville, on espère que cette voie permettra de sauver des vies et de promouvoir l’inclusion.

Une place à la table. Tout le monde s’accorde à dire que si les idées et les expériences des PAVVE sont respectées et incluses dans les cercles de décision, il y aura une amélioration mesurable de l’état de santé et du bien-être des personnes au centre de la « crise des surdoses ». La discussion s’est poursuivie au cours de la session plénière sur le fait que sans la voix des PAVVE dans les cercles de santé publique, les décisions qui en découlent risquent d’être inefficaces et inutiles.

Une autre idée qui mérite d’être mentionnée, car elle a été soulevée dans plus d’un groupe de discussion, c’est l’idée de mettre en place des bureaux de vote dans les refuges et les logements avec services de soutien. Comme on a déjà discuté dans d’autres instances, si les bureaux de vote peuvent être aménagés pour accommoder d’autres groupes démographiques, comme les personnes âgées, il y a peut-être la possibilité de mieux faire participer les PAVVE en leur rendant le vote accessible.

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca