Ne me prenez pas pour un projet, car je suis, comme vous, une personne.

Par Marcie McIlveen

Chers responsables, législateurs et médecins,

Vous ne me connaissez peut-être pas ou ne vous souvenez pas de moi, mais moi, je ne vous oublierai jamais. Je vous adresse cette lettre aujourd’hui en espérant que nous pourrons refaire connaissance. Je suis la personne que vous avez essayé de changer, ou plutôt, que vous avez essayé de cacher. Je suis consommateur de substances ; Je suppose qu’on pourrait dire « accro »… Enfin, ma consommation de substances a atteint un niveau tel qu’elle n’est plus un choix. C’est ceci que vous ne comprenez peut-être pas. Il se peut que vous refusiez de me croire, mais j’ai perdu le pouvoir de choisir il y a longtemps.

Vous remettez en question mon comportement, vous ignorez mes questions, vous refusez de m’offrir de l’aide, vous m’emprisonnez, vous faites des choix pour moi, vous m’empêchez de guérir. Et tout cela, en affirmant que vous avez envie de me soutenir. Vous dites que vous vous souciez de moi et que vous voulez lutter contre les taux de surdose, les taux d’incarcération, la criminalité de la dépendance, la douleur causée par la consommation de substances et la vie de tous ceux qu’elle affecte. Vous dites tout ça, mais vous ignorez ce dont j’ai vraiment besoin. Vous déclarez toutes ces choses au grand jour, mais vous me critiquez ensuite en privé. Vous tenez de grandes réunions, créez des politiques, proposez des recommandations ; diable, vous diffusez même des annonces et des publicités. Et pourtant, jamais je n’ai été invitée à une quelconque réunion, jamais mon nom n’a figuré sur un document ou mon visage ne s’est pas montré dans les journaux.

Attendez, cette dernière partie est inexacte. Vous affichez ma photo partout quand vous m’arrêtez, quand je fais une surdose, quand je disparais, et enfin quand je meurs. Je vous en prie… arrêtez. Si vous désirez voir un changement, alors permettez-moi de vous guider. Je pourrai vous montrer en une heure ce qu’il vous faut des années pour comprendre en mon absence.

  • Donnez-moi accès à des médicaments afin que je n’aie pas à recourir à des substances toxiques et inconnues.
  • Offrez-moi un abri ou un logement qui ne m’expulse pas pour ma consommation.
  • Accordez-moi la liberté d’évoluer et de régler mes problèmes à ma façon et à mon rythme.
  • Arrêtez de poser des menottes sur ma maladie et de remettre ensuite en question ma méfiance à votre égard.

Je vous invite à marcher à mes côtés afin de pouvoir apprendre les uns des autres. Je vous prie de connaître mon nom et de vous souvenir de mon visage avant que je ne disparaisse. Il se peut que ma lettre ne soit pas suffisamment intelligible… En effet, vous savez déjà que parfois, nous ne parlons pas la même langue. Ce que je veux dire c’est : laissez-moi consommer, laissez-moi exister, laissez-moi vivre. Et lorsque je serai prête, soyez là pour me soutenir, me soigner et me comprendre. Ne me forcez pas à changer quand je n’en suis pas capable. Ne me prenez pas pour un projet, car, tout comme vous, je suis une personne.

Sincèrement,

La personne dont vous avez oublié le nom.

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca