Soif d’action : sommaire du dialogue sur la santé publique de Montréal

La stigmatisation et un manque de connaissances sur les déterminants sociaux de la santé ont été identifiés comme des obstacles à l’action.

Le Dialogue de Montréal qui a eu lieu en formule virtuelle, le 7 octobre 2020, a réuni 47 participant-es, notamment des représentant-es du gouvernement, d’organismes de réduction des méfaits et des forces de l’ordre, des travailleur(-euse)s communautaires, des professionnel-les de la santé, des membres de communautés racisées et des personnes ayant une expérience vécue de la consommation de drogues.

La rencontre avait pour but de discuter des politiques sur les drogues au Canada. Elle a révélé une soif d’action : « Nous avons les données scientifiques, nous connaissons la solution, nous [aurions pu] l’appliquer hier ». Les participant-es ont noté qu’il ne s’agissait « pas de demandes émotives, mais réfléchies ».

Le Dialogue a été planifié et présenté par la Coalition canadienne des politiques sur les drogues, le Morris J. Wosk Centre for Dialogue de l’Université Simon Fraser ainsi qu’un partenaire local, l’Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ). La rencontre s’est déroulée dans le respect et l’émotion, les participant-es étant animé-es par un vif désir de discuter d’actions. Plusieurs ont observé une hausse des surdoses, en particulier lors de la récente vague de la pandémie de COVID-19. Un participant était d’avis que la réponse à la crise des surdoses à Montréal était cruellement et fatalement insuffisante : « En ce moment, c’est désastreux. La crise ne s’est pas arrêtée, mais plutôt aggravée avec la COVID-19. Il y a eu 147 décès par surdose en août. »

À Montréal, un nombre important de participant-es au Dialogue travaillaient dans les forces de l’ordre. Un agent a fait remarquer que la collaboration avec la police est importante, même dans le contexte d’un mouvement plus général pour son définancement : « Il est absurde de penser qu’on peut faire cela sans la police. » Dans une autre conversation, une participante a nuancé ce point de vue signalant que la Ville de Montréal continuait de donner des contraventions aux personnes qui ne respectent pas les mesures de prévention de la COVID-19 liées à la distanciation dans les lieux publics, ce qui marginalise encore plus les personnes qui consomment des drogues à ces endroits, en limitant les espaces qu’elles peuvent occuper.

« En ce moment, c’est désastreux. La crise ne s’est pas arrêtée, mais plutôt aggravée avec la COVID-19. Il y a eu 147 décès par surdose en août. »

Une personne a affirmé que la police doit être mieux sensibilisée aux enjeux qui touchent les personnes qui consomment des drogues et aux effets pernicieux de la stigmatisation, en particulier pour celles qui font appel aux services d’urgence. Un autre participant a dit avoir observé que la police et les responsables de la santé publique avaient commencé à collaborer de manière plus amicale, tandis qu’une autre personne a ajouté qu’il était encore préjudiciable que des policier(-ière)s donnent des contraventions et saisissent des biens.

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« En 25 ans de consommation [de drogues], je n’ai jamais été arrêté. J’ai peur de me retrouver en prison sans méthadone. L’héroïne était la seule drogue qui m’aidait à composer avec mon anxiété et la vie. Les gens pensent que nous sommes des junkies [sic]. Je veux qu’ils comprennent qu’il y a toutes sortes de raisons de consommer. Pour certains, c’est un moyen de survie. »

D’autres sujets ont été abordés au cours de la discussion, notamment l’utilisation et la distribution de trousses de naloxone, les besoins des femmes et l’importance de déstigmatiser les personnes qui consomment des drogues, en soulignant que des personnes de tous les milieux et de tous les statuts socioéconomiques consomment des drogues et le feront toute leur vie.

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Des participant-es ont souligné la nécessité d’un approvisionnement sûr, de sites de consommation sécuritaire et de la décriminalisation, et ont expliqué comment la criminalisation engendre la violence et peut créer des contacts néfastes avec la police et les responsables des règlements municipaux. Une participante a affirmé que les drogues devraient être traitées comme le cannabis et l’alcool; un autre a avancé que la ville devrait décriminaliser les drogues tout en les réglementant et en les légalisant : « La légalisation est le seul choix… qui permet la déstigmatisation. Tant qu’il y aura une loi qui punit la consommation, la stigmatisation structurelle sera inévitable. » La stigmatisation et le manque de connaissances sur les déterminants sociaux de la santé ont été identifiés comme des obstacles à l’action.

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