Pourquoi Renée est-elle décédée?

Par Lisa Weih, membre de Moms Stop the Harm

Qui était Renée?

Renée était une magnifique personne et elle n’a vécu que 29 ans. Elle était intelligente, artistique et athlétique. Elle était une coiffeuse douée. Les membres de sa famille l’aimaient et l’adoraient, et elle nous aimait aussi. Elle prenait soin des autres, adorait les animaux et chérissait la nature. Elle appréciait sa carrière. Elle aimait son conjoint. Elle rêvait d’une maison et d’une famille à elle. Elle avait une âme aimante et bienveillante. Elle brillait par son énergie et son rire. Elle était toujours gentille et généreuse avec les gens. Elle avait de nombreux(-ses) ami-es de tous les horizons.

Renée en compagnie de ses parents, Lisa Weih et Stuart Bedard

Pourquoi Renée est-elle devenue dépendante aux drogues?

Nous ne savons pas pourquoi notre fille a été prise au piège de la dépendance. Nous ignorons ce qui lui est arrivé et quel facteur l’a rendue vulnérable aux drogues et à l’alcool. Elle n’a pas vécu de deuil, de divorce, de violence familiale ou d’abus. Elle a grandi dans une famille de classe moyenne affectueuse et où les opportunités abondaient. Mais dès qu’elle a commencé à consommer des drogues et de l’alcool, notre adorable fille a connu de nombreuses expériences horribles et des conséquences dévastatrices.

De quoi Renée souffrait-elle?

Au début de l’adolescence, Renée consommait des drogues et de l’alcool pour faire la fête et s’amuser. Mais dès l’âge de 17 ans, sa consommation lui causait déjà de sérieux problèmes. À 19 ans, elle a passé cinq mois dans un centre de traitement résidentiel, avant de rechuter quelques mois plus tard.

Au fil des années, elle a vécu des pertes d’emploi à répétition, des ruptures d’amitié et la réprobation de son entourage. Elle s’efforçait de cacher sa dépendance à sa famille, craignant un jugement sévère et le rejet de ses proches. Seul-es ses ami-es les plus proches et sa famille immédiate savaient à quel point elle souffrait. À se tenir à l’écart de sa famille et de ses ami-es pour cacher ses problèmes, elle s’est sentie de plus en plus seule et isolée.

Renée en compagnie d’Ace

Elle ne consommait plus pour le plaisir, mais bien parce qu’elle en avait besoin pour éviter les symptômes mentaux et physiques paralysants du sevrage. À mesure que sa maladie progressait, elle a perdu sa sécurité financière et sa santé physique et mentale. Et surtout, elle a souffert d’une perte d’estime de soi. Elle avait honte de sa vie et se considérait comme un échec. Elle se méprisait pour chacune de ses rechutes.

Après avoir reconnu sa dépendance, elle était résolue à trouver un moyen de se rétablir et de fonctionner à nouveau, et n’a jamais cessé de demander de l’aide. Elle a enduré encore et encore la douleur de la désintoxication et du sevrage pour tenter de se libérer du monstre qui la contrôlait. Nous l’avons suppliée de consulter des conseiller(-ère)s et des intervenant-es en toxicomanie, mais elle disait toujours qu’elle allait devoir se rétablir à sa façon.

Pourquoi Renée est-elle décédée?

Renée est morte parce qu’elle souffrait d’une maladie. Elle était physiquement et mentalement dépendante de drogues illégales qui ont été délibérément altérées à des fins lucratives. Sa mort a été accidentelle et non intentionnelle. Elle voulait vivre. Elle n’est pas morte d’une surdose; elle n’a pas trop pris de quelque chose. Renée a été empoisonnée par quelqu’un. Sa mort est le résultat direct d’actes criminels commis par des trafiquants de drogues transnationaux de haut niveau qui ne cherchent que le profit sans se soucier des vies humaines perdues.

Si elle avait été assassinée d’une autre façon, sa mort aurait été considérée comme un homicide et les auteurs du crime auraient été poursuivis par les autorités. Une enquête aurait été menée, avec la possibilité de retracer et d’inculper les responsables de sa mort.

Mais ce n’est pas le cas avec la dépendance aux drogues. Aucune ressource n’est consacrée aux enquêtes sur ces crimes ou à la poursuite des responsables. Et il n’y a pas de justice pour les victimes, c’est-à-dire les personnes décédées et leurs familles endeuillées. Ces assassins peuvent continuer à tuer des gens, et le font quotidiennement, sans crainte de représailles. Nos gouvernements et notre société semblent l’accepter. Nous avons des lois qui interdisent de blesser et de tuer des gens, mais elles ne s’appliquent pas aux personnes blessées et tuées par un approvisionnement en drogues empoisonnées.

Comment avons-nous laissé tomber Renée?

Nous avons laissé tomber Renée en ne comprenant pas sa maladie ou ce qui pouvait être fait pour l’aider. Les premières années, nous pensions qu’elle ne faisait que consommer des drogues et de l’alcool à des fins récréatives, comme tant d’autres adolescent-es. Lorsqu’il est devenu évident que sa consommation était un problème sérieux, nous avons continué à croire qu’elle pouvait choisir d’arrêter et nous l’avons constamment poussée à changer ses habitudes et à chercher de l’aide.

« On nous a conseillé d’arrêter de l’aider, de la laisser « toucher le fond » pour qu’elle subisse les conséquences de ses choix. Ce type de réponse de la part de la famille n’a fait que causer plus de mal à Renée et à nous tou-te-s. Ce n’est que maintenant, après l’avoir perdue, que nous comprenons à quel point ce conseil était terriblement malavisé. »

Ce n’est que des années plus tard que nous avons réalisé qu’elle était aux prises avec une dépendance physique et mentale aux drogues. Nous l’avons constamment suppliée d’aller en traitement résidentiel, croyant que l’abstinence était le seul moyen de vaincre sa dépendance. Nous n’avons pas cherché l’aide médicale et psychologique dont elle avait besoin, et ne comprenions pas qu’un approvisionnement sûr en drogues pouvait faire la différence entre la vie et la mort, pour notre fille.

Nous cherchions sans relâche un moyen de l’aider, par des conseiller(-ère)s, des intervenant-es et des centres de traitement résidentiels à prix exorbitants, mais en vain. Des soi-disant professionnel-les de la toxicomanie nous ont dit que nous encouragions son comportement et aggravions sa dépendance. On nous a conseillé d’arrêter de l’aider, de la laisser « toucher le fond » pour qu’elle subisse les conséquences de ses choix. Ce type de réponse de la part de la famille n’a fait que causer plus de mal à Renée et à nous tou-te-s. Ce n’est que maintenant, après l’avoir perdue, que nous comprenons à quel point ce conseil était terriblement malavisé.

Nous nous sentions obligé-es de cacher sa dépendance à ses ami-es et à sa famille, car Renée ne voulait pas que les gens le sachent, de peur qu’ils la jugent et la blâment. Ce secret a beaucoup alourdi sa souffrance. Renée serait peut-être encore en vie si sa maladie avait été acceptée, comprise et considérée avec compassion par sa famille et la communauté.

LIRE PLUS : Le rôle de la stigmatisation

La société a elle aussi laissé tomber Renée. Les personnes qu’elle a rencontrées en chemin n’ont pas compris l’immense douleur qu’elle vivait. Renée a été étiquetée comme toxicomane et a subi de la discrimination. Plusieurs l’ont blâmée, la jugeant responsable de son sort et l’accusant de faiblesse morale lorsqu’elle ne pouvait pas s’arrêter. Certaines personnes n’ont vu que la dépendance, et non la personne qui avait besoin de compassion et de compréhension.

Renée a connu le mépris, le dédain, l’humiliation, la honte, le manque de respect et même la violence de la part d’individus dans la société, de travailleur(-euse)s de la santé et des forces de l’ordre. Et elle n’a pas reçu l’aide et la protection qui auraient pu lui sauver la vie. Notre système judiciaire traite les personnes qui consomment des drogues comme des criminelles et non comme des individus qui ont besoin d’aide et de soins. Il les punit et les emprisonne au lieu de leur fournir le soutien médical et psychologique qui leur revient comme tout le monde.

« La vente de nicotine est légale et réglementée, et les gens peuvent consommer cette drogue sans craindre d’empoisonnement. Pourtant, d’autres drogues qui créent une dépendance sont toujours illégales, non réglementées et potentiellement mortelles pour les personnes qui en sont dépendantes. »

Si une personne est dépendante de la nicotine contenue dans les cigarettes et qu’elle développe une maladie respiratoire ou un cancer, notre société ne lui dit pas qu’elle mérite de souffrir et ne lui refuse pas l’accès aux établissements et services médicaux financés par l’État parce qu’elle a continué à fumer tout en sachant que cela pouvait lui nuire ou la tuer. Alors pourquoi disons-nous exactement cela aux personnes qui ont une dépendance à d’autres drogues beaucoup plus dévastatrices que la nicotine pour la santé physique et mentale?

La vente de nicotine est légale et réglementée, et les gens peuvent consommer cette drogue sans craindre d’empoisonnement. Pourtant, d’autres drogues qui créent une dépendance sont toujours illégales, non réglementées et potentiellement mortelles pour les personnes qui en sont dépendantes.

Lisa Weih et Stuart Bedard, parents de Renée (Source de la photo : Jackie Dives)

Comment vivre sans Renée?

Bien que la famille et les ami-es de Renée aient fait leur possible pour l’aider, personne ne savait quoi faire. C’est l’épreuve la plus difficile qu’un parent puisse vivre – tenter de toutes ses forces de sauver son enfant, frapper à toutes les portes pour obtenir de l’aide, mais sans succès. À chaque étape du combat de Renée contre la drogue, nous avons ressenti la douleur de savoir qu’elle souffrait et de ne pas pouvoir la soulager. Aujourd’hui, nous ressentons à chaque instant la souffrance de sa perte et de son absence dans nos vies. Cette douleur nous accompagne à jamais – mais nous ne voudrions pas qu’il en soit autrement.

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca