Dès que j’ai été identifiée…je suis devenue l’objet d’un dossier médical

Je m’étais perdue à 11 ans…

Mon histoire n’est pas différente de celle des milliers d’autres. Je suis née, j’ai grandi, certaines choses sont arrivées, et je me suis retrouvée avec un vide en moi. J’ai cherché à remplir ce vide partout, que ce soit avec des objets ou des personnes… J’ai essayé… Malgré ce qu’ils vous disent, j’ai essayé.

Au début, c’était les enseignants… « Elle n’est pas heureuse », « Elle n’atteint pas son potentiel », « Elle dérange », « Elle est difficile », « Elle souffre, il faut la soigner, mais on ne peut pas… Virons-la ».

Les médecins m’ont dit, « Voici ta nouvelle identité, tu vas prendre ces pilules, ne pose pas de questions… Fais ce qu’on te demande et tu iras mieux ».

Ensuite, aux foyers de groupe… « Sa famille a sûrement fait quelque chose, » « Pourquoi est-elle tellement en colère ? » « Pourquoi ne veut-elle pas se taire ? » « Réunissons-nous en conférence » « Gardons-la dans sa chambre, loin des autres » « Où vivra-t-elle ? » « Qui la prendra ? »

Les médecins m’ont dit, « Voici ta nouvelle identité, tu vas prendre ces pilules, ne pose pas de questions… Fais ce qu’on te demande et tu iras mieux ».

Puis, c’était ma tante. « Tu iras mieux ici », « Tu peux travailler pour moi au restaurant… ». « Ah ton oncle et moi, on se dispute parfois », « Va dehors », « Allons faire des courses… Ferme ta bouche », « Tu vas prendre ces médicaments », « Pourquoi as-tu fait ça ? » « Pourquoi ne veux-tu pas revenir ? »

Les médecins m’ont dit, « Voici ta nouvelle identité, tu vas prendre ces pilules, ne pose pas de questions… Fais ce qu’on te demande et tu iras mieux ».

Puis, en désintoxication : « On va faire des activités », « La drogue ce n’est pas bon pour toi », « Personne ne t’aime », « Tu vas perdre ton emploi ».

Les médecins m’ont dit, « Voici ta nouvelle identité, tu vas prendre ces pilules, ne pose pas de questions… Fais ce qu’on te demande et tu iras mieux ».

Mais elle ne va pas mieux.

Et ensuite, dans les rues, la liberté, l’approbation. J’avais enfin une voix. On m’écoutait et l’on voulait que je sois là. Je n’étais pas un dossier ou une marionnette… Comment est-ce que j’ai vécu sans ça toute ma vie ?

Après, c’était la police. « Tu ne peux plus voir ces gens ni aller dans ces endroits », « Tu vas prendre des médicaments, tu vas voir un médecin et ta vie va s’améliorer ».

Ma vie est devenue pire…

Ce fut un cycle de prisons, d’établissements et de mort. Je n’avais pas de problème avec ce cycle. C’était prévisible… c’était rassurant… Ça ne fonctionnait pas, mais ça ne changeait rien. Puisque je savais ce qui m’attendait, je pouvais éviter mes émotions. Je n’allais pas être blessée, je n’allais pas être triste, je n’allais pas avoir d’attentes.

Toute ma vie, depuis la première fois que je me suis défoncée, jusqu’à la dernière fois que je me suis réveillée attachée à des machines, ou étendue dans une cellule, j’ai voulu une vie différente. Mais j’avais simplement perdu l’espoir d’en trouver une.

Ce qui m’a empêché de le faire, c’est le fait que depuis que je pouvais parler, jamais personne ne m’a écouté. Quand j’ai commencé à poser des questions, on a arrêté de me répondre. Dès que j’ai été qualifiée de « malade, brisée, dépendante, troublée », je suis devenue un dossier. Ma vie est passée de relations à des exigences : sois ici, va là, fais ceci, ne fais pas cela.

On m’a donné des médicaments et l’on m’a dit de me taire, alors je suis retournée dans les rues, les planques, les ruelles ; et chaque fois que je suis revenue, j’ai été accueillie. La seule exigence était d’être moi-même. Mais le problème c’est que je n’avais aucune idée de qui j’étais.

Je m’étais perdue à 11 ans…

J’ai rencontré des gens qui venaient à moi et ne posaient pas de questions. Ils m’apportaient de la nourriture et parfois de l’argent. Et petit à petit, au fil du temps, j’ai commencé à leur parler. Et plus je parlais, plus je me souvenais. Plus je me souvenais, plus je consommais. Et pourtant, peu importe à quel point j’étais défoncée, les problèmes que j’avais, ou si j’étais malade, ces gens venaient simplement m’écouter.

Un jour, tout a changé. Je suis aujourd’hui une personne très reconnaissante. Cela fait presque sept ans que je n’ai pas consommé de drogue, et je n’ai pas l’intention de recommencer. Ce n’est pas parce que les drogues sont néfastes ou mauvaises, car elles ne le sont pas. Je ne consomme pas de drogue parce que je n’ai plus besoin d’en prendre. Je consommais pour trouver un but et la liberté. Aujourd’hui, je trouve la liberté par l’amour et mon but par le sacrifice et le service.  

Aujourd’hui, j’ai l’honneur et le privilège de simplement écouter. Je rencontre des gens dans des endroits tellement différents, qui ont des rôles tellement différents, et je n’ai qu’un seul objectif : leur permettre de s’exprimer. Ce n’est pas à moi de questionner ou de contrôler les gens. J’ai pour seul droit la responsabilité de servir.

Voilà mon histoire, j’aimerais entendre la vôtre.

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca