Les services et le soutien pour ceux qui en veulent sont trop inaccessibles. Le système ne répond pas à nos besoins.

Je suis originaire de Toronto et j’ai été élevée dans un bon environnement, mais ma famille, des deux côtés, a des antécédents de dépendance et de problèmes de santé mentale. Contrairement à la plupart des gens, c’est plus tard dans ma vie, au début de la quarantaine, que j’ai découvert les drogues auprès de mon cercle social à cette époque. Il était difficile pour moi de gérer les défis de la vie quotidienne, et en travaillant dans un bar, j’ai pu accéder facilement à la substance de mon choix. 

Comme une personne qui a consommé des substances, c’est inévitable de se sentir jugée et stigmatisée. C’est évident dans la façon dont les gens te traitent et interagissent avec toi. On répandait des rumeurs à cause des gens que je fréquentais, mais avoir un sens de la communauté est important. On se sent moins seul.

Dans ma communauté, le taux de surdoses a triplé depuis le début de la pandémie. Les gens meurent parce qu’il n’y a pas assez de ressources pour obtenir de l’aide. Ou bien, s’il y a de l’aide, il y a une longue liste d’attente pour avoir accès à ce service. Les choses doivent changer. La perte de tant de personnes est un problème très grave, qui brise le cœur et épuise l’esprit. 

Il y a beaucoup de gens qui veulent obtenir de l’aide, mais qui ne peuvent pas parce que les services sont inaccessibles. Ce n’est pas tout le monde qui a un ordinateur ou une carte d’identité gouvernementale permettant de remplir les formulaires et les applications. Je vous assure que si l’Assurance-santé offrait plus de services et que les délais d’attente étaient plus courts, les personnes pourraient obtenir de l’aide et se diriger vers le bien-être plus rapidement. Mais le système complique tellement les choses.

De même, un site d’injection sûr où les gens peuvent accéder à des fournitures stériles sauverait des vies. Nous en avons désespérément besoin dans notre communauté. Il faut aussi que le gouvernement s’engage à fournir un endroit où les gens peuvent obtenir des drogues sûres (l’approvisionnement sûr) afin d’éviter les surdoses et les décès. Aujourd’hui, les drogues que les gens achètent dans la rue sont encore plus toxiques et dangereuses. La situation s’est détériorée à cause de la COVID-19.

Des sites d’injection sûrs et un « approvisionnement sûr » en substances permettraient de prévenir les surdoses et d’arrêter la transmission des maladies. Par ailleurs, si les délais d’attente pour un traitement étaient réduits ou éliminés, les gens pourraient obtenir de l’aide sur place au lieu d’attendre et de changer d’avis. Lorsqu’une personne décide de demander de l’aide, il n’y a qu’une courte période d’opportunité pour la lui fournir. Or, le système actuel n’est pas conçu pour répondre à ce besoin ni pour être suffisamment efficace — c’est pourquoi il ne fonctionne pas.

La décriminalisation des drogues est également importante. Aujourd’hui, plusieurs villes comme Vancouver et Montréal examinent attentivement cette idée. C’est important parce que cela améliorerait la vie des personnes avec lesquelles je travaille, puisqu’elles pourraient avoir la liberté de consommer sans être jugées. Il serait plus facile pour les personnes qui veulent de l’aide de se présenter pour en recevoir. En criminalisant la consommation de substances, on ne fait que la rendre plus clandestine et plus dangereuse, et on gaspille aussi de l’argent pour policer la consommation de substances et pour punir les personnes qui en consomment. Cela ne sert à rien. En envoyant quelqu’un en prison, on ne fait que rendre sa vie plus instable et il est encore moins probable qu’il soit sur le point de changer de vie.

Les drogues légalement réglementées (l’approvisionnement sûr) permettraient de prévenir les surdoses dans la communauté, car les drogues seraient non contaminées et non mélangées à d’autres produits chimiques dangereux.

Nous vivons actuellement une période très difficile de notre histoire. Quand je songe à l’avenir, je vois un monde où les personnes qui souffrent pourront compter sur une communauté plus positive, où il y aura plus de centres de traitement et où nous aimons tous sans jugement. J’espère que lorsque le monde sortira de cette pandémie, on pourra réaliser une telle société.

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca