La COVID-19 aggrave la crise des surdoses. Je le vois de près.

Par «Cowboy»

Je suis originaire de la région du Grand Toronto (RGT) et j’ai été élevé par des parents alcooliques. Mon père n’était pas toujours là, et j’ai fini par m’occuper de ma mère. Elle est tombée malade et je me suis retrouvé à prendre soin d’elle — ce qui lui a permis de vivre des années de plus que ce que les médecins avaient prévu pour elle, grâce à la qualité des soins que je lui ai apportés. Mais c’était dur. J’ai vu des choses comme quand elle l’a frappé à la tête avec une poêle parce qu’il était saoul et violent. 

J’ai commencé à boire à l’âge de 12 ans et à me droguer vers l’âge de 16 ans. J’ai commencé à boire parce que mes parents buvaient. Ils m’ont dit de boire mon premier verre à la maison. Puis ils m’ont dit de ne pas le faire, alors je l’ai fait encore plus. Puis j’ai commencé à voler de l’alcool. C’était toujours accessible, alors je le buvais.

La voie que vous suivez dans la vie dépend beaucoup de votre jeunesse. Ça commence par la façon dont on grandit. J’ai grandi en protégeant des personnes qui étaient victimes d’agressions et de violences de la part d’autres individus. J’étais plus petit que la plupart, mais je ne pouvais pas regarder les gens se faire harceler, alors je me battais. Je me battais toujours plus quand je prenais de la drogue. J’avais l’habitude de consommer 100 cc de méthamphétamine. Mais je ne le faisais pas quand je jouais au hockey ou au football, parce que cela m’offrait de différents champs d’intérêt et de différents liens sociaux.

C’était génial. Mais je savais toujours qu’il ne fallait pas laisser une personne seule. Surtout si elle prenait de l’acide. Quand on consomme de la drogue tout seul, cela devient bien plus dangereux, car personne n’est là pour nous aider en cas de surdose. Les personnes qui consomment des drogues prennent soin les unes des autres ; nous sommes une communauté. Je me suis aussi entouré de beaucoup de personnes à cause de la consommation de drogues — travailleurs du sexe, motards et autres. Je connaissais toujours des gens, et j’avais du monde vers qui me tourner.


Une idée fausse très répandue sur la consommation de drogues est que le traitement forcé est toujours efficace. Ce n’est pas le cas. Certaines personnes ne veulent pas ou ne peuvent pas arrêter de se droguer. Si une personne n’est pas prête à arrêter de consommer, il faut lui parler, pas lui convaincre. Il faut soutenir ces personnes et leur offrir une communauté, et non pas leur faire la morale. C’est dégradant et cela peut détériorer l’image que l’on a de soi-même.

Avant, je ne m’inquiétais pas d’une surdose, mais maintenant, les drogues sont mélangées avec le fentanyl et l’on peut mourir avant même de toucher le sol. Les choses sont différentes maintenant. C’était difficile avec un parent qui buvait. Il buvait constamment. Il buvait n’importe quand et n’importe où. De plus, c’est ma mère qui a dû payer pour l’alcoolisme de mon père. Elle a dû payer pour tout.

Maintenant, j’ai besoin de médicaments pour gérer la douleur, mais je ne peux pas y avoir accès, alors je dois utiliser des drogues illégales à la place. C’est le seul moyen de me soulager. Voilà comment et pourquoi on se dirige vers le marché illégal. L’âge et le fait d’avoir travaillé ou non auparavant jouent un rôle important. A-t-on grandi dans la pauvreté ? A-t-on été victime d’abus ? A-t-on été adopté ? La COVID-19 a également aggravé la situation. L’approvisionnement en drogues est encore plus toxique et les gens sont isolés chez eux, alors ils boivent et se droguent, et personne ne peut les aider en cas de surdose. De plus, si l’on veut boire avec quelqu’un d’autre, il faut alors se demander si cette personne a ou non la COVID-19, et si elle est dans l’air ambiant.

Le nombre de surdoses a augmenté partout au Canada à cause de la COVID-19. Cela a eu un impact sur chaque communauté. La situation est devenue plus difficile avec la collecte des dettes : si l’on est mort, on ne peut pas faire recouvrer sa dette, alors ils s’en prennent aux autres. C’est une période effrayante. Les conséquences associées à une surdose sont si nombreuses que les gens ne s’en rendent même pas compte. Il y a bien plus que le chagrin et la souffrance. Tout est interconnecté. 

Personne n’en a vraiment rien à foutre ? Moi, je m’en fous. Il y a un problème. Les gens n’arrêtent pas de fumer, et ils meurent.

Ce serait mieux si les drogues étaient décriminalisées. Ça ferait une énorme différence. Actuellement, les gens deviennent accros aux produits pharmaceutiques et ne peuvent pas en sortir. Alors ils se tournent vers d’autres drogues qui sont illégales et mélangées à on ne sait quoi. Les lois ne servent à rien. Les gens vont consommer même si c’est illégal.

Si les drogues étaient légalement réglementées, je saurais qui les fournit et avec quelles substances elles sont préparées. Je connaîtrais les risques. Tant de vies pourraient être sauvées ainsi et tous ces autres problèmes (comme les dettes à payer et la violence) ne se présenteraient pas.

Si j’avais un conseil à donner aux gens, ce serait : n’abandonnez pas. N’oubliez jamais de ne pas abandonner. Il y a toujours quelque chose à attendre.

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca