Le mythe du « fond du trou » et l’attente de ce moment qui ne viendra peut-être jamais

Par Jeremy Landry, éducateur de pairs à ENSEMBLE Moncton

Le mythe du fond du trou Le mythe du fond du trou

Vers 6 heures du matin, encore défoncé à la cocaïne, je me suis glissé dans la caravane stationnée devant chez ma mère le matin de la mort de mon beau-père. Peu de temps après, j’ai été interrompu par des coups frappés à la porte. C’était mon frère. « Il faut que tu rentres, il meurt. »  Il a dit.

Je suis entré dans la maison et j’ai vu ma mère penchée sur le corps de mon beau-père, lui disant qu’elle « l’aimait toujours ». Je me suis installé sur la chaise à côté de son lit dans le salon et j’ai pris sa main. Il l’a serrée très doucement. J’avais la tête baissée et je commençais à pleurer. Je me rappelle distinctement avoir reniflé mon nez, comme on le fait en pleurant, et avoir pu goûter la cocaïne. Chaque fois que je reniflais en tenant la main de mon beau-père mourant, l’effet de la cocaïne augmentait. J’ai lâché sa main pour m’essuyer le nez et je n’ai plus jamais touché son corps vivant. C’est à ce moment-là qu’il est mort. J’ai saisi sa main à nouveau, mais il ne l’a pas serrée cette fois. Il était mort.

Pas mon « fond du trou ».

Peu après, c’est moi qui ai frôlé la mort. Après avoir fait la fête pendant toute la journée et la nuit, je suis rentré chez mes beaux-parents. Ma conjointe et moi vivions avec notre fille nouveau-née. J’ai passé la journée à boire avec des « amis » jusqu’à ce que j’aie commencé à en avoir besoin de plus encore. J’ai consommé encore plus d’alcool et de cocaïne avant de décider d’essayer quelque chose de nouveau : l’oxycodone. Deux fois. Je suis tombé au lit à 5 h 30 du matin. Ma conjointe dormait avec notre fille d’un an. J’ai commencé à ronfler horriblement, au point que ma partenaire a sorti son téléphone et m’a enregistré. Elle me dira plus tard qu’elle voulait me montrer à quel point mon comportement était insupportable. Après quelques secondes, le ronflement s’est arrêté, tout comme la vidéo. J’ai cessé de respirer et j’ai fait un arrêt cardiaque. Ma conjointe a crié à sa mère de venir prendre notre bébé. Elle m’a frappé et m’a versé de l’eau dessus, mais je ne réagissais toujours pas.

Jeremy Landry, EMSEMBLE Moncton

Peu après, c’est moi qui ai frôlé la mort. Après avoir fait la fête pendant toute la journée et la nuit, je suis rentré chez mes beaux-parents. Ma conjointe et moi vivions avec notre fille nouveau-née. J’ai passé la journée à boire avec des « amis » jusqu’à ce que j’aie commencé à en avoir besoin de plus encore. J’ai consommé encore plus d’alcool et de cocaïne avant de décider d’essayer quelque chose de nouveau : l’oxycodone. Deux fois. Je suis tombé au lit à 5 h 30 du matin. Ma conjointe dormait avec notre fille d’un an. J’ai commencé à ronfler horriblement, au point que ma partenaire a sorti son téléphone et m’a enregistré. Elle me dira plus tard qu’elle voulait me montrer à quel point mon comportement était insupportable. Après quelques secondes, le ronflement s’est arrêté, tout comme la vidéo. J’ai cessé de respirer et j’ai fait un arrêt cardiaque. Ma conjointe a crié à sa mère de venir prendre notre bébé. Elle m’a frappé et m’a versé de l’eau dessus, mais je ne réagissais toujours pas.

Elle a appelé le 911 et m’a fait la RCP jusqu’à l’arrivée des ambulanciers. Ils sont arrivés et m’ont administré de la naloxone. Je me suis réveillé le lendemain à l’hôpital avec seulement ma partenaire à mes côtés. On m’a laissé sortir de l’hôpital le jour de la fête des Pères. La famille de ma conjointe avait planifié un souper dans un restaurant. Je regardais ma fille jouer avec ses cousins à l’extérieur et je me demandais comment sa journée aurait été différente si je n’avais pas survécu.

Pas mon « fond du trou ».

Je continuerais ce comportement pour six ans. Enfin, le 3 janvier 2020, je suis allé en cure de désintoxication pour la troisième fois. Depuis, je n’ai plus consommé ni drogue ni alcool. Ça fait 481 jours, 1 an, 3 mois et 25 jours ou 1 an, 3 mois, 25 jours, 15 heures, 47 minutes et 35 secondes… mais qui compte ?

Aujourd’hui, je travaille dans un centre de réduction des méfaits comme éducateur de pairs, et je crois que je peux contribuer à changer les choses de quelconque façon. J’ai complètement changé ma vie, j’ai perdu 51 livres grâce au DDPYOGA, à l’exercice et à des habitudes de vie saine. C’est ainsi que j’ai repris le contrôle de ma vie et que j’aide maintenant à inspirer les autres à prendre le contrôle de leur propre vie.

Voici la morale de mon histoire : n’attendez pas de toucher le fond, car ça n’existe pas. Mais ce qui existe, c’est vous. Vous méritez d’exister, et vous méritez de recevoir de l’amour. Cela fait maintenant trois ans que je suis marié à ma femme aimante, qui me soutient depuis 14 ans, et nous avons deux filles magnifiques, intelligentes et aimantes.

Ne perdez jamais espoir. S’il y a un souffle en vous, vous avez une chance de changer votre récit.

Jeremy Landry

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca