L’argument en faveur des sites de consommation surveillée et de prévention des surdoses

Le texte ci-dessous est une présentation au conseil municipal de Moncton sur le fondement des sites de prévention des surdoses, par Deborah Warren, directrice générale d’ENSEMBLE Moncton. Ce guide est téléchargeable ici.

Les sites de prévention des surdoses

La logique derrière les sites de prévention des surdoses ou de consommation supervisée est simple. Les opioïdes tuent en paralysant le centre respiratoire du cerveau. La respiration ralentit, puis s’arrête. Une personne en surdose d’opioïdes mourra par manque d’oxygène en quelques minutes. C’est amplement de temps pour qu’une personne formée et présente sur place administre de la naloxone, un médicament qui rétablit la respiration instantanément. Mais ce n’est pas assez de temps pour qu’une ambulance arrive après un appel au 911.

Qu’est-ce que c’est??

Santé Canada accorde des autorisations légales (« besoin urgent en matière de santé publique ») à des sites de prévention des surdoses (SPS); ceux-ci offrent un milieu propre et sécuritaire où des personnes peuvent s’injecter des drogues qu’elles se sont procurées ailleurs. Elles le font sous la supervision du personnel, qui agit comme un sauveteur de piscine. Du personnel est toujours présent et équipé de naloxone qui peut être administrée, au besoin, et rapidement, afin qu’aucune surdose ne soit mortelle.

Les sites de consommation supervisée (SCS) sont des établissements légalement autorisés qui permettent aux personnes de consommer des drogues (préalablement achetées) sous la supervision d’un personnel formé, et qui visent à réduire les problèmes de santé et d’ordre public souvent associés à la consommation de drogues en public.

EN SAVOIR PLUS : Différence entre un site de consommation supervisée et un site de prévention des surdoses

Les membres du personnel de l’établissement n’aident pas directement à la consommation ou à la manipulation des drogues apportées par les client-es, mais sont présent-es pour distribuer du matériel d’injection stérile, répondre aux questions sur les pratiques d’injection sécuritaires, administrer les premiers soins si nécessaire et surveiller l’avènement de surdoses. Ceci est particulièrement pertinent pour le fentanyl, car le début de la surdose est rapide et l’attente d’une ambulance peut avoir pour conséquence la mort ou des dommages cérébraux permanents dus au manque d’oxygène. Le personnel du SCS offre également des conseils médicaux généraux et oriente les utilisateur(-trice)s vers le traitement de la toxicomanie, des traitements médicaux et d’autres programmes de soutien social.

Les bienfaits des SPS/SCS

Plus de 100 études fondées sur des données probantes et examinées par des pair-es ont constamment démontré les impacts positifs des services de consommation supervisée, notamment :

  • Hausse de l’admission au traitement des troubles liés à la consommation de substances
  • Réduction de la quantité de drogues consommées et de la fréquence de consommation 
  • Diminution du désordre public et des injections en public et amélioration de la sécurité publique 
  • Réduction du nombre de seringues/aiguilles jetées dans des lieux publics 
  • Réduction des comportements à risque pour le VIH et l’hépatite C (p. ex., partage de seringues, relations sexuelles non protégées)
  • Gestion efficace de fréquentes surdoses sur place et réduction de la mortalité par surdose liée aux drogues (aucun décès par surdose dans les SCS du monde entier)
  • Diminution des coûts grâce à la réduction des maladies, des décès par surdose et du besoin de services médicaux d’urgence 
  • Hausse de la prestation de services médicaux et sociaux 

(Interactive Map)

Pourquoi un SPS à Moncton?

  • Entre 850 et 900 personnes utilisent les services de réduction des méfaits d’ENSEMBLE.
  • Entre janvier et juin 2020, on a recensé 17 décès liés aux drogues au Nouveau-Brunswick.
  • À Moncton, Riverview et Dieppe, entre 2009 et 2018, Ambulance NB a administré de la naloxone à 186 personnes pour renverser les effets d’une surdose.
  • On observe une augmentation de la consommation de drogues en public.
  • L’approvisionnement actuel en drogues n’est pas sécuritaire; la méthamphétamine en cristaux est difficile à trouver. Selon la Dre Susan Crouse, la consommation d’opioïdes de sources peu fiables est en hausse; par conséquent, le risque de surdoses augmente.
  • Nous fournissons depuis plusieurs années des services de réduction des méfaits dans la communauté; un SPS est un service de réduction des méfaits additionnel.
  • La plupart des utilisateur(-trice)s du service seront des personnes déjà clientes.

Recherche à Vancouver

Nous avons observé une diminution significative de l’injection de drogues en public, des seringues jetées dans des lieux publics et des déchets liés à l’injection, après l’ouverture du centre d’injection plus sécuritaire médicalement supervisée, à Vancouver. Nos conclusions concordent avec les rapports anecdotiques faisant état d’une amélioration de l’ordre public après la création de sites d’injection supervisée – ce qui n’est pas étonnant puisque l’une des raisons fréquentes pour consommer des drogues en public est l’absence d’autres lieux pour le faire, et puisque les personnes qui fréquentent des lieux d’injection supervisée sont souvent sans abri ou logées de façon marginale.

Nos observations indiquent que l’implantation du centre d’injection supervisée a entraîné des améliorations mesurables de l’ordre public, ce qui peut améliorer la qualité de vie des collectivités et profiter au tourisme tout en réduisant les préoccupations communautaires liées à la consommation de drogues et aux seringues jetées en public. Il convient également de noter que nous n’avons pas observé d’augmentation du nombre de trafiquants de drogues à proximité de l’établissement, ce qui indique que son ouverture n’a pas eu d’impact négatif sur le commerce de drogues dans la région.

Source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC517857/

Comité directeur communautaire pour un site de prévention des surdoses/site de consommation supervisée

Objectif

Le Comité directeur communautaire offre un forum pour une communication ouverte entre les prestataires de soins de santé et de services, les personnes qui consomment des drogues, d’autres dépositaires d’enjeux et la communauté, afin d’évaluer la possibilité d’établir un site de prévention des surdoses (SPS). Il est envisagé que celui-ci se transforme éventuellement en site de consommation supervisée (SCS). 

Le comité servira de lieu où l’on pourra échanger librement des informations, discuter des enjeux et réaliser son mandat, par une approche axée sur les solutions et sensible aux préoccupations de la communauté.

Étendue des travaux

Étudier les modèles de meilleures pratiques au Canada; engager un dialogue avec les dépositaires d’enjeux; recueillir les réactions des dépositaires d’enjeux; et préparer des recommandations sur la faisabilité de la mise en œuvre d’un SPS.

Réalisations à ce jour

  1. Formé en 2019 un comité directeur communautaire composé de dépositaires d’enjeux de la communauté, y compris des personnes ayant une expérience vécue.
  2. Réuni des ressources telles que des politiques et procédures fondées sur les meilleures pratiques de sites existants dans d’autres régions du Canada.
  3. Fourni une formation aux dépositaires d’enjeux de la communauté grâce à un projet financé au palier national et réalisé par la Dr. Peter AIDS Foundation.
  4. Sondé 70 personnes qui consomment des drogues pour savoir si elles utiliseraient un éventuel SPS : 34 sur 70 ont répondu qu’elles utiliseraient le service.
  5. Reçu l’autorisation du propriétaire d’un local pour y offrir un service de prévention des surdoses.
  6. Élaboré des budgets selon trois scénarios de dotation en personnel et d’opération : entre 65 000 $ et 204 000 $ 
  7. Efforts de divers membres du comité pour trouver des sources de financement.

Nous ne pouvons pas soumettre une demande d’exemption fédérale à Santé Canada pour ouvrir un site sans avoir la confirmation d’un financement durable.

Un changement de mentalité est nécessaire en ce qui concerne les troubles liés à la dépendance; pas nécessairement de nouveaux fonds, mais comme l’a signalé le Dr Michael O’Shaughnessy, fondateur du Centre d’excellence pour le VIH/sida de la Colombie-Britannique, une réorientation des fonds s’impose pour répondre à cette crise des drogues qui sévit.

About Canadian Drug Policy Coalition

Advocating for public health- and human rights-based drug policies grounded in evidence, social justice, and compassion. www.drugpolicy.ca