Qu’est-ce qu’une approche aux drogues qui se fonde sur la santé publique et les droits humains?

La société commence à se rendre compte que notre approche actuelle en matière de drogues, axée sur la criminalisation et la prohibition, ne fonctionne pas. Elle n’a pas réduit la disponibilité des drogues et les méfaits auxquels elles sont associées. C’est pourquoi on s’intéresse de plus en plus à l’exploration de nouvelles approches, fondées sur des preuves et des stratégies de rechange.1 Des approches fondées sur la santé publique et les droits humains, avec une attention particulière à l’équité, à la justice sociale, aux données probantes et aux déterminants sous-jacents de la santé, accorderaient une plus grande importance au bien-être des individus et des communautés, dans les décisions concernant les politiques. Cela contraste fortement avec l’approche historique du Canada en matière de drogues.2

En pratique, une approche aux drogues fondée sur la santé publique et les droits humains permettrait de créer des politiques conçues pour promouvoir et protéger la santé, et prévenir des maladies, des blessures et des handicaps. Par exemple, les sites d’injection supervisée et de prévention des surdoses permettent d’atteindre ces objectifs, ce qui n’est pas le cas des arrestations, des poursuites et des peines d’emprisonnement pour consommation de drogues. Les personnes incarcérées sont plus susceptibles de faire une surdose au moment de leur remise en liberté et elles souffrent de conséquences sociales et psychologiques déstabilisantes qui ont un impact négatif sur leur santé et leur bien-être.

L’objectif d’une approche des drogues fondée sur la santé publique et les droits humains est de promouvoir la santé et le bien-être de tous les membres d’une population et de réduire les inégalités au sein de celle-ci. Cette approche garantit également que les dommages associés aux lois et politiques ne soient pas disproportionnés par rapport aux dommages réels des drogues proprement dites.3 Prenons l’exemple du cannabis : les dommages généraux d’une peine de prison sur la santé et le bien-être d’une personne sont beaucoup plus importants que les dommages réels liés à la consommation de cette substance. Pourtant, des communautés à faible revenu et racisées sont depuis longtemps visées par des lois punitives en matière de drogues qui jettent des personnes en prison pour possession. En ce sens, les politiques basées sur la criminalisation ne sont pas conformes à une approche de santé publique et de droits humains.

« Une démarche de santé publique [et de droits humains] … inclut la perspective des personnes qui consomment des substances psychotropes ou qui subissent les contrecoups d’une consommation abusive [et] assure aussi l’application d’un continuum d’interventions, de politiques et de programmes soucieux des avantages éventuels et des préjudices des substances, ainsi que des effets non intentionnels des politiques et des lois mises en œuvre pour gérer ces avantages et préjudices. »

~ Association canadienne de santé publique

Cette approche tient compte de toute une série de facteurs qui déterminent si une personne est en bonne santé ou non, au cours de sa vie, et si elle est traitée avec justice et équité. Il s’agit d’une approche holistique et globale qui comprend non seulement les facteurs physiques, biologiques et psychologiques traditionnels contribuant au bien-être, mais aussi les déterminants sociaux de la santé – tels que la répartition de la richesse, l’éducation, le logement et l’inclusion sociale – ainsi que les déterminants des inégalités sociales et sanitaires, comme le déséquilibre de pouvoir, le racisme, le classisme, l’âgisme et le sexisme.

Des membres de Moms Stop the Harm lors de la Journée d’action nationale contre les surdoses, 2018

Une approche basée sur la santé publique et les droits humains reconnaît que la consommation problématique de substances est souvent un signe de problèmes et d’inégalités sous-jacents; elle met l’accent sur des initiatives pragmatiques et fondées sur des données probantes, et tient compte de la justice sociale, de l’équité et du respect des droits humains.4 Elle appuie des stratégies de prévention fondées sur des données probantes (en particulier pour les enfants et les jeunes), des services de santé mentale de grande qualité, des options de traitement fondées sur des données probantes et faciles d’accès, du soutien social et au rétablissement, la réhabilitation, la réduction des méfaits et l’élimination de la stigmatisation et de la discrimination.5 Cette approche a également pour principe qu’afin de soutenir les droits humains l’accès à ces services doit lui aussi être équitable.




[1-5] Association canadienne de santé publique

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Director of Communications and Digital Enagement, Canadian Drug Policy Coalition, @peterkimdata